Ton COMEX a voté un budget IA, nommé un responsable, peut-être signé une charte. Les équipes testent, les directions métier présentent leurs premiers cas. Et autour de la table du comité exécutif, ceux qui se servent vraiment de l'IA chaque semaine se comptent sur les doigts d'une main. Le sujet a été délégué à la DSI ou à la direction de la transformation. Résultat : le comité valide des projets qu'il ne sait pas juger.
La réponse courte : un COMEX n'a pas besoin de la formation des managers. Il a besoin que chacun de ses membres ait utilisé l'IA sur un de ses propres dossiers, seul et sans témoin, avant d'en parler en séance. Ensuite seulement, une demi-journée collective suffit pour trancher les deux sujets que personne d'autre dans l'entreprise ne peut trancher : ce qui ne passe jamais dans un outil d'IA, et les quelques priorités qu'on finance vraiment.
Pourquoi le COMEX est presque toujours formé en dernier
L'agenda, d'abord. Réunir huit ou dix membres d'un comité exécutif une journée entière pour un séminaire IA, c'est repousser le sujet de plusieurs mois. Tout le monde le sait, donc personne ne le propose.
Mais la vraie raison est ailleurs. Personne n'a envie d'être le débutant devant ses pairs. Un directeur financier qui arbitre des budgets de plusieurs directions ne va pas lever la main en séance pour demander ce qu'est un prompt. Je le vois à chaque fois : le blocage n'est jamais technique, il est humain. C'est le cerveau qui bloque le changement, pas l'outil.
Et le format classique aggrave le problème. Je me suis fait avoir une fois, avec une grande boîte de production : on m'avait poussée à arriver avec des cas d'usage spectaculaires, pour impressionner. On a perdu tout le monde. Chacun repartait avec l'impression que son métier allait disparaître. Une démo qui en met plein les yeux à un comité exécutif produit exactement ça, en plus poli.
COMEX ou CODIR : ce qui change quand on parle d'IA
Chaque groupe emploie les deux mots à sa façon. Dans la plupart des grandes entreprises, le COMEX fixe la stratégie et les grands arbitrages, le CODIR pilote l'exécution. Pour l'IA, ça change deux choses.
Les décisions ne sont pas les mêmes. Un CODIR se demande comment préparer ses réunions avec l'IA ou quel cadre donner aux équipes, on l'a détaillé dans préparer un CODIR avec l'IA et dans gouvernance de l'IA et AI Act. Un COMEX arbitre entre des projets qui se disputent le même budget, à l'échelle du groupe.
Et les documents sont les plus sensibles de l'entreprise. Des résultats pas encore publiés, un projet d'acquisition. Dans une société cotée, ce genre d'information peut être une information privilégiée au sens de l'article 7 du règlement (UE) n° 596/2014 sur les abus de marché, dit MAR, du 16 avril 2014 : une information précise, non publique, qui pourrait influencer le cours si elle était connue. Sa circulation est encadrée, et les personnes qui y ont accès sont inscrites sur des listes d'initiés (article 18). La question « est-ce que je peux coller ça dans un outil d'IA ? » se pose donc au déontologue et au directeur juridique avant de se poser à la DSI.
Commence par un tête-à-tête, pas par un séminaire
La recette qui marche avec des dirigeants de ce niveau : une séance individuelle par membre, sur un dossier réel de sa semaine. La note de trésorerie du directeur financier, ou la revue de pipeline du directeur commercial, faite sur un outil validé par l'entreprise et avec des données qui ont le droit d'y entrer.
L'objectif : que chacun ait fait une fois, en vrai, le travail avec elle. L'IA, elle est nulle au départ, comme un stagiaire à qui il faut tout expliquer, et c'est en le vivant sur son propre dossier qu'un dirigeant comprend ce qu'elle sait faire et où elle se trompe. Après ça, il juge autrement les projets qu'on lui présente.
C'est le principe de notre coaching IA pour dirigeants : on part de ce qu'il y a sur ton bureau, pas d'un programme. Le tête-à-tête règle aussi la question de l'ego. On pose les questions bêtes sans témoin.
Les deux décisions que seul le COMEX peut prendre
Première décision, la ligne rouge des données. Le comité écrit noir sur blanc quels documents ne passent jamais dans un outil d'IA, et sur quel outil validé passe tout le reste. L'ANSSI recommande de ne pas utiliser d'outils d'IA générative accessibles sur Internet pour un usage professionnel impliquant des données sensibles (recommandation R34 de ses recommandations de sécurité pour un système d'IA générative, 29 avril 2024). Si le COMEX ne trace pas cette ligne, chaque direction la trace à sa façon, et c'est comme ça qu'on se retrouve avec du shadow AI au dernier étage.
Deuxième décision, peu de priorités, vraiment financées. BCG a montré que les entreprises les plus avancées sur l'IA se concentrent sur 3,5 cas d'usage en moyenne contre 6,1 pour les autres, et en attendent 2,1 fois plus de retour sur investissement (From Potential to Profit: Closing the AI Impact Gap, BCG, 15 janvier 2025). Chaque direction arrive avec son projet. Le COMEX est le seul endroit où quelqu'un peut dire non au cinquième.
Reste la trace. Depuis l'omnibus numérique, l'article 4 de l'AI Act demande à l'entreprise de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l'IA par son personnel et par ceux qui utilisent ces outils pour son compte (règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026). Les membres du comité exécutif utilisent ces outils comme les autres. Garde une trace écrite de qui a été formé, quand et sur quoi : le détail est sur notre page formation IA obligatoire et AI Act.
Le format qui tient dans l'agenda d'un COMEX
Deux temps courts plutôt qu'un long. D'abord les tête-à-tête, étalés sur deux ou trois semaines, au rythme de chacun. Puis une demi-journée collective, préparée par un pré-diagnostic, qui ne sert qu'à décider : c'est le principe de notre formation IA en demi-journée pour les comités de direction.
Après, il faut un rituel. Dix minutes en ouverture de chaque COMEX, où un membre montre ce qu'il a fait avec l'IA depuis la dernière séance. Un vrai dossier de sa semaine. Ce rituel compte plus que la formation elle-même. C'est lui qui fait que le sujet ne retombe pas au bout de six semaines. On travaille de cette façon avec des comités de direction depuis 2025, année où on a formé plus de 300 dirigeants.
Le geste de cette semaine
Avant le prochain COMEX, pose une seule question à chaque membre : quel dossier de ta semaine aimerais-tu ne plus faire seul ? Le dossier qui l'empêche de dormir, le caillou dans la chaussure.
La liste des réponses, c'est ton programme de formation. Tu rentres dans l'IA par le problème, jamais pour voir l'IA.
Tu veux former ton comité exécutif sans bloquer une journée entière de son agenda ? On commence par un échange de 20 minutes pour regarder qui fait quoi autour de la table, et ce que l'OPCO peut prendre en charge.
Prendre contact →Questions fréquentes
Quelle formation IA pour un COMEX ?
Pas celle des managers. Un COMEX a besoin que chaque membre ait utilisé l'IA sur un de ses propres dossiers, en tête-à-tête, avant toute session collective. Ensuite une demi-journée préparée suffit pour trancher la ligne rouge des données et les priorités. Si l'organisme est certifié Qualiopi, la formation peut être financée par l'OPCO.
Faut-il une formation différente pour un COMEX et pour un CODIR ?
Le principe est le même : partir des dossiers réels et finir par des décisions. Ce qui change, c'est le niveau des décisions et la sensibilité des documents. Un COMEX arbitre les priorités et le budget à l'échelle du groupe, et il manipule des informations qui, dans une société cotée, peuvent être des informations privilégiées au sens du règlement MAR.